Extraits

Acte 1

Acte 1

C’est donc au lendemain, le ciel ayant retrouvé son noble azur, que je repris place, à peine en meilleure forme, sur la place centrale, sous cet arbuste ombrageux, près de ces dalles plus que jamais déracinées. J’étais fatigué, était-ce du à la maladie ? Etait-ce du à l’espérance incessante de mon Graal ? Ce qui est clair, c’est que mon visage était en proie à de violentes contractions, mes yeux semblaient sujets à un profond chagrin, comme noyé dans une marre de larmes asséchées ; je les couvris de mon masque protecteur.
16h00 n’était que lointain horizon, j’en profitai donc pour prolonger mon repos ; je me donnai même le plaisir de lire quelques lignes : Mishima au cas où je me ferais hara-kiri ; je me morfondis même dans mes rêveries solitaires. 16h00 retentit de son timbre infernal, toujours masqué par mes lunettes, je me mis à scruter, mais mes rêveries devaient être d’une ultime profondeur pour que je parusse ainsi, tant absent. C’est alors qu’elle apparut, brutalement, sur ma gauche. Je crus alors ne pas être sorti de mon rêve ; elle s’approcha, d’une lente cadence, son pull over sous le bras, et m’exhiba son sourire pulvérisateur.


Version finale

illustration pour marre de celle là

Ce fut donc au lendemain matin, après vingt heures de relâchement hypnagogique, le cerveau moins meurtri mais la panse réclamante, que je repris place, en meilleure forme tout de même, sous ce baliveau ombrageux — le ciel ayant retrouvé son noble azur — proche de ce pavage inchangé. J’étais fatigué, cela ne fit aucun doute, mon visage fut en proie à de violentes contractions, comme cicatrisé par des ravines introversives ; mes yeux semblèrent sujets à un profond chagrin, enfouis dans leurs orbites, comme noyés dans une marre de larmes asséchées ; mes lèvres se voulurent biaisées, victime d’une élégie des plus funèbre. Était-ce dû à la maladie ? Était-ce dû à ces tergiversations répétitives et incessantes ? Ou était-ce dû à ce doute convulsif qui me poussait à croire qu’elle était passée en cette veille agitée et qu’elle n’oserait, comblée d’une lourde déception, réitérer cet acte en cette journée apaisée ? Mais pourquoi ne devrait-elle pas répéter sa venue ? Pourquoi ne devait-elle pas faire preuve d’une persévérance identique à la mienne ? Pourquoi ? Elle m’aimait ! je l’avais ressenti, elle me l’avait fait comprendre, c’était écrit : doutais-je ? Non ! je ne devais point me perdre dans de futiles conjectures, mais me confier entièrement à mon destin.
16h00 n’étant qu’horaire distant, je tachai d’oublier ce scepticisme obscurcissant par une méridienne des plus ardente, mais il me fut difficile de majorer cette nuit purificatrice. Alors, je me saisis, tel un palliatif, de ma lecture du jour : Mishima au cas où je me ferais hara-kiri ; doutai-je? Probablement, vu que je fus par la suite incapable de m’ensevelir dans mes douces rêveries. Alors, je couvris cette marre asséchée de mes boucliers d’Héliaque et me mis à patienter, rejouant au chien haletant et dépendant, bouleversant ainsi mon emploi du temps de quelques révolutions. Sachant le compte à rebours non enclenché, je n’élevai point mon attention à son plus haut degré, mais perdis mon regard, protégé de ces ondes, dans un tracé divagué et stochastique. Les quarts d’heure se succédèrent sans que je ne portasse attention à leur élongation, et je finis par m’ankyloser dans une monotonie gestuelle. Je parus absent, refoulé de mon ficus, loin de cette verdure, la cervelle girouettante mais le regard vide de perception. Aucune particule ni onde spectrale n’excita mon chiasma, ma chaire était comme téléportée dans un cosmos inerte à la troublante vacuité. Mon esprit fut envahi par un flou opaque, chargé en leptons, et mon intellect sembla se pulvériser en une pathétique et mouvante délitescence : mais mouvais-je ? Qu’en savais-je ! Et c’est alors qu’elle apparut, brutalement, sur ma gauche, tel un ange désirable et désiré, plus rayonnante qu’une sylphide ensorcelante et convoitée. Je me crus de suite noyé dans les songes les plus délectables, apaisé par la vision la plus séraphique : elle avança, posément, son petit sweet rouge sous le bras, et m’exhiba son sourire pulvérisateur. Le mien calligraphia alors mon visage stigmatisé ; mes mares violemment se desséchèrent, sans pour autant humecter mon faciès dont les contractures qui le tiraillèrent s’effacèrent, instinctivement, comme libérées par un ordre divin. Je n’étais point en train de rêver, c’était bel et bien elle, s’approchant d’une démarche de féline et, après toutes ces attentes, elle sembla briller d’une somptuosité phénoménale, d’une gracieuseté inégalée ; ou peut-être, pour être plus sobre et donc plus authentique, elle me parut indéfectiblement mignonne, plus que jamais.