Extraits

Acte 2

Acte 2

Postés sous l’ombre apaisante des eucalyptus, ils finirent par s’allonger une fois l’infusion terminée, s’enlaçant les jambes, visages posés à plat, paumes unies. Ils discutèrent langoureusement, leur voix se fit très peu entendre, comme s’ils chuchotèrent, même leurs éclats de rire parurent muets. A moins que leur sonorité ne fût que faiblesse face à l’agitation qui les entourait. A quelques décamètres de leur couche, une bande de gamin jouait au football et passaient leur temps à se chamailler pour justifier la moindre faute. Près du télécentre qui accotait la rue Lerma, des travaux de rénovation de la voix martelaient l’air d’un vacarme désagréable. De ces travaux, la circulation de la San Martin s’en trouva perturbé, engendrant un foisonnement de bruit klaxonifié, preuve de l’irritabilité rapide de tout “homme pressé”. Soudain, un bus freina brusquement pour ne point passer au rouge, et la voiture le suivant s’encastra alors dans sa carlingue. Le bruit généré fut d’une grande violence, mais pas à l’échelle de la gravité de l’accident. Les piétons s’immobilisèrent, tournèrent leur regard sur le désastre accompli, ils commencèrent même à s’agiter, et à radoter. Eux étaient toujours allonger, papotant tranquillement, ne portant aucune attention à cette excitation périssable. C’était comme si autours d’eux plus rien n’existait, eux deux et eux deux seulement. Leur sensibilité respective était intégralement tournée vers eux, et ne portaient qu’ignorance à cette pollution abrutissante et exécrable. De ces baisers qu’ils accumulèrent, ils semblèrent générer une aura protectrice à cette moisissure, unis ainsi, leur monde n’était que perfection, silence et détectabilité.


Version finale

illustration pour marre de celle là

Affectueusement cajolés par cet ombrage fluctuant, ils finirent par s’allonger une fois l’infusion terminée, s’enlaçant les jambes, visages posés à plat, paumes unies, iris en résonances et lèvres enivrées d’un désir jonctionnel. Ils discutèrent langoureusement, des palabres secrètes et sincères, leur voix se fit très peu entendre, comme s’ils chuchotèrent ; même leurs éclats de rire parurent muets sous cette torpeur estivale, à moins que leur sonorité ne fût que faiblesse face à l’agitation qui les entourait. À quelques décamètres de leur couche, une bande de gamins, de dix à quatorze ans, jouait au football et passait son temps à se chamailler pour justifier la moindre faute adverse. Près du télécentre qui accotait la rue Lerma, des travaux de rénovation du bitume martelaient l’air d’un vacarme désagréable et oppressant. De ces travaux, la circulation de la San Martin s’en trouva perturbée, réduite à une seule voie, engendrant un foisonnement de bruits klaxonifiés, preuve irréversible de l’irritabilité rapide de tout homme pressé. Soudain, un bus freina brusquement pour ne point passer au rouge, et la voiture le suivant s’encastra alors dans sa carlingue, parachevant de détruire son pare-brise qui était déjà bien fissuré. Le bruit généré fut d’une grande violence, mais pas à l’échelle de la gravité de l’accident. Les piétons s’immobilisèrent, tournèrent leur regard sur le désastre accompli, ils commencèrent même à s’agiter, à radoter, à commérer, à ricaner. L’automobiliste sortit de son véhicule et fut déconcerté par son état ; il se frotta la nuque tout en fronçant son regard pour éviter de croire en ce qu’il voyait. Le chauffeur du bus, de bon embonpoint et de bleu vêtu, vociféra et insulta ce dernier pour lui justifier son incompétence. Tout autour de l’incident, la masse s’amassa tel un ramassis et portait des jugements ; les passagers du bus admirèrent la scène depuis les fenêtres ternies par la contamination, certains descendirent, d’autres hésitèrent à sortir. Soudain, un véhicule de la police communale surgit de nulle part, et stationna sur le trottoir faisant face au carambolage, ce qui poussa la foule à se disperser et à disparaître comme satisfaite par l’allégorie de ce bel instant. La posture des policiers, deux lourdauds en uniforme, mit un terme aux jérémiades, poussant au calme, et introduit les négociations sur les causes de l’accident. Eux étaient toujours là, allongés, papotant tranquillement, portant moins d’attention à cette excitation périssable qu’aux subtils bruissements de leurs lèvres intermittemment jointes. C’était comme si autour d’eux plus rien n’existait, plus rien sauf eux deux et eux deux seulement. Leur sensibilité respective était intégralement tournée vers eux, enfermée sur elle-même, ne portant qu’ignorance à cette pollution abrutissante et exécrable. De ces baisers qu’ils accumulèrent, ils semblèrent générer une aura protectrice à cette moisissure citadine ; unis ainsi par leurs phalanges entrelacées, leur monde n’était que perfection, silence et détectabilité.