Génèse

Le Fond

Le Fond de l'Oeuvre

illustration pour Marre de celle là

Lorsque j’ai commencé à rédiger Marre De Celle Là, ou tout du moins lorsque que je pris conscience que ce pouvait être mon troisième ouvrage, mon idée première était de parler d’Amour, mais surtout de le traiter hors de tout contexte social, bref, de parler d’un amour non social. Comment définissais-je l’amour non social ? C’est suite à plusieurs lectures, notamment Schopenhauer (mais aussi d’une connaissance lyonnaise qui avait rédigé un bouquin sur la sociologie de l’amour), qu’il m’eut semblé comprendre que l’amour n’était pas la seule force suffisante pour unir deux personnes. Le contexte social dans lequel nous vivons impose des règles que l’amour ne peut transcender, et au final, l’amour n’est qu’un “prétexte” pour vivre à deux.

Cette théorie, peu importe mon adhésion, mon idéalisme innocent ne pouvait l’accepter, et c’est cette même innocence qui me poussa à mettre sur ligne ce livre, qui à l’origine devait traiter d’un amour non social, d’un amour impossible. Comment mettre en scène un tel amour ? En mettant en relation deux individus dont on ne sait rien de leur situation sociale ; en mettant en relation deux individus qui ne parlent que d’eux deux ; en mettant en relation deux individus que seul le sentiment amoureux unit. L’écriture fut donc centrée sur cette mise en relation ; et à la longue, m’acharnant à nier le sociale pour parfaire ma rédaction, j’ai fini par me “concentraliser” sur le sentiment, le sensoriel, le sensitif. Le fait de m’extraire du contexte social de ces deux protagonistes me poussa à émotionnaliser chacun de leur geste, m’obligea à intensifier la vulnérabilité de leur comportement, m’imposa de commotionner toutes situations qu’ils pouvaient partager.

illustration pour Marre de celle là

Au final donc, Marre De Celle Là parle d’un amour sensoriel, sensuel et profondément sensitif, ici tout n’est que sensibilité. Une sensibilité que j’ai souhaité dresser au paroxysme en éternisant chaque instant : ici, le temps relatif a toute sa raison d’être. Avec le recul, cela m’amuse de constater comment la mutation d’un amour non social en un amour sensitif s’est faite de manière totalement anodine et spontanée, comme si le second n’était qu’un corollaire du premier.

Un beau jour, alors que j’étais en pleine rédaction, un ami me demanda pourquoi je ne ferais pas une adaptation cinématographie de l’œuvre ? Hormis le fait que ceci ne dépende pas de moi, et que la proposition ne fut que délire d’un jour, un tel film demanderait le jeu d’aucun acteur, tout ne serait qu’effets spéciaux. Car Marre De Celle Là est un voyage à l’intérieur de notre corps, de notre cerveau, de notre cœur ; tout n’est que palpitation, souffle apexien, bruissement charnel, tout n’est que célérité synaptique, cassure temporelle, asphyxie prolongée : bref, tout est hors contexte social. De plus, si dans le livre, je m’amusais à résumer une caresse de 5 secondes en trois pages, comment la mettre en scène sur pellicule si ce n’est avec des effets spéciaux ?